Hé bien, pendant ces longs mois d’hiver, votre graveur – préféré ! – prépare l’affiche de la Foire Saint Jacques 2019 Des Touches. Cette année, le thème général c’est : « Les Corsaires » mais surtout, « Julienne David » Corsaire Nantaise, issue d’une famille Touchoise !
Alors, après des heures de gravure, aujourd’hui, c’est le moment attendu de l’impression du trois mâts que j’ai choisi en fond d’affiche ! Il mêle mes souvenirs d’enfance, mes lectures, et mon imaginaire actuel :
Sur le chemin, devant l’atelier, ce sont plutôt les tracteurs qui passent, surtout l’hiver. Mes petites filles sont ravies de les voir : elles habitent en ville. Je les entendais, un été passé, jouer aux couleurs et aux noms des paysans : Roger a un tracteur rouge, donc c’est la règle pour tous les autres, le tracteur vert est à Verret, le jaune à Jaunet, et le bleu à Bleuet …
Je vis au milieu des champs, des arbres, des oiseaux, des vaches, mais aussi des tracteurs. J’en ai déjà gravé plusieurs : un très moderne et très gros, un vieux tout rouillé, abandonné dans l’herbe.
Il y a peu, un tracteur orange (hum !) sorti des temps anciens roulait sur le chemin, tirant une tonne à eau, sans cabine, pétaradant, fumant. Je n’ai pas résisté au plaisir de le dessiner très vite, et l’ai gravé sans rectifier les traits, pour garder la spontanéité du premier jet.
Mon dessin me plaisait bien, mais il manquait de vie, alors j’ai décidé que les pneus seraient noirs, et que la fumée du tuyau d’échappement serait grise. Et là, ça devient délicat, la gravure est achevée, et la plaque de lino doit être découpée à la petite scie à chantourner : il faut être très calme, attentif à la coupe, et surtout rester dans le trait.
À la fin j’obtiens trois morceaux, les roues, le corps du tracteur et la petite fumée : chacun va être encré séparément, puis assemblé avec les autres, et l’ensemble fixé dans la presse avant d’être imprimé. Voilà, c’est fini, il reste le séchage.
Et c’est déjà la fin de l’année ! Après trois jours à Nantes, au Salon des métiers d’art, et six jours ici, à l’atelier de La Bergerie, il est temps de se poser !
J’ai donc parlé, expliqué, démontré, imprimé, gravé et c’était bien, vraiment, mais épuisant aussi.
Les gravures vont rester un moment aux murs de l’atelier, les matrices gravées sur les presses et moi un peu plus tranquille à la maison !
Il y a peu, lors d’une exposition collective, une de mes amies intéressée par ma gravure « Isadora » me dit à peu près ceci :
« Tu sais Jipé cette gravure m’interpelle : le rouge de la fille avec le noir de la machine parle vraiment, ce serait comme une signature si tu imprimais toutes les filles de tes linos en rouge »
J’aime bien les gravures en noir. Mais Isadora devait être en rouge et noir, ça s’était imposé, sans que je sache pourquoi, c’était « comme ça ». J’ai donc repensé à ce que Marie m’avait dit, et petit à petit, l’idée a fait son chemin, et j’ai « vu » en imagination tout ce que cela suggérait, disait, imposait, et forcément, je suis passé à l’acte :
la chef de choeur de « Benedictus » découpée de sa chorale est devenue rouge,
la balayeuse d’ « Apocalypse » elle aussi
ainsi que la balayeuse de « Coup de balai » !
Mes gravures sèchent encore, je vais les exposer ensemble lors de mes futures présentations en public, à Nantes bientôt, et ici aux Touches lors de mes Portes Ouvertes, pour voir …
Des nouvelles de l’ Atelier de la Bergerie : bientôt décembre : Noël et les fêtes de fin d’année.
Alors je prépare mes Portes Ouvertes, cette année j’ai décidé d’imprimer des flyers plutôt que des affiches, et ma presse « Tip-Top » va travailler. C’est une presse semi manuelle, ou semi automatique : manuelle car elle est alimentée en papier manuellement, et automatique parce que l’encrage se fait automatiquement.
Cette vieille dame a plus de 100 ans, alors je la bichonne : graissage des pignons, et huilage dans les 28 trous de graissage à chaque démarrage d’impression.
Mon flyer reprend ma petite danseuse rouge pâle en fond et un texte en noir au dessus. J’en ai fait plusieurs centaines, les grilles de séchage sont pleines, et des cartons couverts de fly encombrent l’atelier : séchage oblige !
L’atelier accueille les petits enfants pendant une partie des vacances. On dessine, on grave, on imprime dans une joyeuse ambiance.
Je prépare mon invitation pour les portes ouvertes de décembre, et j’imprime aussi un premier essai, alors que les garçons pensent à halloween, et réussissent à imprimer dans les temps !
Les filles ne sont pas en reste, et hier soir on avait imprimé un serpent, une palette de peintre, une citrouille et une portée de musique en filet de basket.
Je continue à graver sur le thème de la danse, alors même que je ne suis pas retenu pour l’expo auprès de laquelle j’avais postulé ! Ce matin j’ai fouillé dans les casses d’imprimerie en bois et j’ai commencé une mise en page de « Danser ».
Après mes toutes mes expos qui se sont succédées à un rythme très soutenu, je reprend goût à l’atelier, à la gravure, et aux presses !
La gravure tout d’abord : j’ai posé ma candidature à une expo pour 2019 sur le thème de la danse. Avant même les résultats de la sélection, je me suis pris au jeu : le thème m’intéresse, déjà j’avais quelques estampes de danseuses, et cet été j’avais photographié des couples dansant, avec l’idée d’en faire des gravures !
Alors du dessin, de la gravure sur lino et aujourd’hui l’impression. Impossible d’attendre quand la plaque est tirée, c’est comme le vin il faut la voir (!)
J’envisage déjà d’installer mes petits danseurs en forêt, en ville, dans l’espace, ou dans les quatre éléments, on verra.
Et pendant tout cela, je suis allé récupérer une ancienne presse à vis, qui peut être utilisée, moyennant quelques adaptations, à l’impression de linos. Je lui ai adjoint un chariot et un « marbre » en bois, et l’ai repeinte en rouge basque et en gris .
Je pense l’utiliser en animations lors de salons des métiers d’art pour imprimer du texte et des gravures. Je l’ai testée, et la pression est considérable : il faudra être très précis dans le dosage de la force !
Cette année, le thème de l’exposition présentée à La Passerelle, à La Gacilly « je suis nature » nous a séduit, au point d’y consacrer pas mal d’énergie.
Nous, c’est Marthe Rougieux, enluministe, Hélène Fortin-Rincé, vitrailliste, Anne Leroux, céramiste, Marina Le Dorner Relieure, et moi, en l’occurence ancien faiseur de jeux et jouets en bois, redevenu l’espace de cette création tourneur sur bois !
Notre œuvre, issue de soirées parfois confuses, mais aussi largement créatives, s’articule autour d’un arbuste qui déchire un échiquier, bascule les pièces, alors que des papillons se posent sur ses branches, le livre des règles du jeu s’en trouvant poussé à terre !
Cette œuvre, on l’a vraiment découverte complètement le jour de l’installation et sans conteste, on peut dire qu’elle a fait un carton ! Et nous, on est heureuses (4 filles et 1gars, alors … 🙂
L’exposition « je suis nature » se déroule à La Gacilly du 13 octobre au 31 décembre, mercredi, vendredi, samedi, dimanche de 14 à 18 heures.